La pratique musicale n’a jamais été aussi répandue en France. Près d’un tiers des Français joue d’un ou plusieurs instruments, et le quart des musiciens actuels a franchi le pas pendant le confinement. Pourtant, derrière cet engouement, le secteur traverse une période de fortes turbulences, entre vente en ligne en plein essor et magasins spécialisés sous pression.
Un marché de 534 millions d’euros, dominé par la guitare et le piano
Selon les données de l’étude CSFI/Xerfi publiée en 2023, le marché français des instruments représente environ 1,68 million d’unités vendues pour un chiffre d’affaires de 534 millions d’euros. Le panier moyen tourne autour de 530 euros. Guitare et piano trustent à eux seuls 76 % du marché du neuf, loin devant les instruments à vent. L’occasion, quant à elle, pèse un tiers des achats, signe que l’accessibilité reste une préoccupation réelle.
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Pour trouver un instrument de musique adapté à son niveau et à son budget, les acheteurs se tournent de plus en plus vers des boutiques spécialisées qui combinent un large catalogue, des fiches produits détaillées et un vrai service de conseil. C’est précisément ce que proposent les enseignes qui ont su allier présence physique et offre en ligne.
La vente sur internet progresse régulièrement : elle représentait 31 % des acquisitions dans le neuf en 2023, contre 25 % en 2017. Une montée en puissance qui bouscule les équilibres traditionnels du secteur.
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Des magasins sous tension, malgré une pratique musicale en hausse
Les chiffres de fréquentation et d’engagement sont encourageants : 40 % des musiciens interrogés dans l’étude CSFI ont démarré la musique depuis deux ans ou moins, et le tiers des enfants de 10 à 12 ans pratique dans un cadre scolaire. Le pass Culture, qui permet d’acquérir ou de louer des instruments neufs ou d’occasion, a aussi joué un rôle dans cette démocratisation, même si sa réforme a pesé pour 32 % des commerces spécialisés.
Pourtant, la santé économique des magasins de musique est fragile. L’enquête CSFI portant sur la rentrée 2024 révèle que 58 % des commerces ont enregistré une baisse de chiffre d’affaires, et 67 % des répondants se disent stressés ou inquiets. L’inflation continue de se faire sentir pour 84 % d’entre eux. La trésorerie se resserre : seulement 40 % des acteurs du secteur estiment disposer d’un bon niveau de liquidités.
Ces commerces jouent pourtant un rôle que la vente en ligne ne peut pas tenir : accompagner le musicien, laisser tester un instrument, orienter vers le bon choix selon la morphologie, le niveau ou le style musical visé.
L’offre française : artisanat d’excellence, mais faible part du marché intérieur
La France dispose d’un tissu de fabricants reconnus à l’international, notamment sur les instruments à vent haut de gamme. Buffet Crampon, par exemple, est numéro un mondial dans sa catégorie. Mais ce savoir-faire reste très exporté : environ 70 % de la production française part à l’étranger, et moins de 2 % des instruments vendus en France sont fabriqués sur le territoire. Le marché intérieur repose donc très largement sur des instruments importés, distribués par un réseau de boutiques et de plateformes en ligne.
Ces 2 000 petites structures artisanales font face à des défis cumulés : crises économiques successives, concurrence des pure players en ligne, contraintes réglementaires croissantes et enjeux de transition écologique. Leur survie conditionne pourtant la qualité de l’offre et le maintien d’une expertise de terrain, irremplaçable pour qui cherche à progresser sérieusement.
Le marché français de l’instrument de musique est donc à un carrefour : une pratique qui se démocratise, des outils d’accès élargis, mais un réseau de distribution fragilisé. Choisir où acheter, c’est aussi, d’une certaine façon, choisir quel écosystème musical on souhaite soutenir.


